Nouveauté de la programmation du festival des Hautes Terres à Saint-Flour cette année : l’organisation des « Rencontres de la montagne », sous la forme d’un colloque au théâtre Le Rex à Saint-Flour.

Pierre JARLIER, maire de Saint-Flour et président de Saint-Flour Communauté, a accueilli les intervenants et participants et a pris soin d’expliquer la démarche de cette première édition de ces « Rencontres de la montagne » : « Depuis plus de 15 ans, le festival des Hautes Terres célèbre les musiques traditionnelles de montagne à travers trois jours de fête. Pour la première fois cette année, nous souhaitons conforter cette dimension en donnant au festival un nouveau cadre de rencontres. Les cultures de montagnes méritent d’être discutées pour être mieux reconnues. Il s’agit de poser un autre regard sur l’avenir de nos territoires de montagne, qui ont des spécificités et des atouts en matière de biodiversité, de transition énergétique, d’agriculture et de patrimoine matériel et immatériel. »

L’animation du colloque a été confiée à Patricia OLIVIERI, rédactrice en chef de L’Union du Cantal : « La montagne possède une immensité de territoires. L’écrivain Raymond QUENEAU a écrit : « Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. » Aujourd’hui, nous provoquons pour la première fois des rencontres. »

La montagne est au cœur de nombreux enjeux. En guise d’introduction, Daniel RICARD, géographe à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, a d’abord rappelé dans une rapide intervention à quel point la montagne est multiple au regard de sa démographie, de sa croissance, de son accessibilité et de sa dynamique agricole.

 

Une table ronde autour de l’agriculture de montagne et des savoir-faire

Le matin, les intervenants réunis en table ronde ont discuté des enjeux de l’agriculture dans les montagnes. Venu tout droit de Haute-Savoie, Philippe MISSIELLIER, vice-président de la race Abondance, a relaté le dynamisme agricole de son territoire qui se caractérise par une transformation réussie du lait (reblochons fermiers notamment). A ses côtés, deux agriculteurs du territoire de Saint-Flour Communauté : Olivier RISPAL (La Ferme des cochons gourmands à Tanavelle) et Loïc BAGUET (GAEC Baguet à Vieillespesse). Ces derniers ont expliqué leur choix « de se sortir des modèles établis » en transformant leurs produits à la ferme et, surtout, en les commercialisant sur les marchés ou dans les commerces locaux. « Nous avons constaté que transformer à la ferme et penser que les gens viendront à la ferme pour consommer nos produits est illusoire. Le meilleur choix est de prendre le temps d’aller à leur rencontre à travers des marchés notamment et d’expliquer comment nous travaillons », a lancé Olivier RISPAL. Entre les deux agriculteurs, Cécile DUCOULOMBIER, agricultrice à Anterrieux et maître de conférences en agronomie, est elle aussi engagée dans une démarche de valorisation des savoir-faire traditionnels, avec le Thé d’Aubrac réalisé avec le Calament à grandes fleurs.

Cécile DUCOULOMBIER a profité de son temps de parole pour saluer l’initiative portée il y a 6 ans par la communauté de communes du Pays de Saint-Flour d’un partenariat exemplaire avec le Lycée agricole de Saint-Flour à Volzac pour porter un programme agricole territorial. Un programme « pensé pour la filière qui souhaite accompagner les agriculteurs dans la production, la transformation et la commercialisation de produits différenciés. » Sur ce sujet, Pierre JARLIER a souligné que ce programme « répond aujourd’hui à un challenge collectif de différenciation de l’agriculture et favorise la synergie entre les acteurs. »

Enfin, la matinée s’est clôturée par l’intervention de France HARVOIS, chargée de mission pour le Projet scientifique et culturel (PSC) au Musée de la Haute-Auvergne, qui a insisté sur la nécessité d’aller dans les musées car ils comportent beaucoup de collections ethnologiques qui permettent de comprendre les précieux savoir-faire d’antan.

 

L’après-midi, des discussions autour de l’identité de la montagne

L’après-midi, le colloque s’est concentré sur d’autres interventions. La première fut celle de Miguel Angel FUMANAL PAGES, venu tout droit de la « Garrotxa » en Catalogne, président du Centre d’Études Historiques d’Olot et de sa région. Il a raconté les initiatives qui ont été prises dans son territoire catalan, composé de 42 montagnes volcaniques, sur le patrimoine culturel et sur l’adaptation de lieux au tourisme. Ces actions ont permis de redynamiser la ville d’Olot et d’en faire une référence, avec l’existence de deux événements fédérateurs, dont un autour de la danse contemporaine.

Jean-Luc CHAUVEL a ensuite expliqué comment fonctionne le syndicat interprofessionnel qu’il préside, à savoir le Collectif des races locales de massif (CORAM), qui œuvre pour valoriser 30 races (25 races ovines, 5 bovines) dans les principaux massifs (Alpes, Pyrennées, Massif central, Corse) en vue d’améliorer la compétitivité des élevages. « Nous ne sommes pas dans une sanctuarisation de l’agriculture : les races ont aujourd’hui évolué. Le défi est d’apporter une valeur ajoutée aux territoires et d’organiser la reconnaissance de nos races locales », a-t-il déclaré.

Éleveur Aubrac retraité et aujourd’hui président du Parc naturel régional (PNR) de l’Aubrac, André VALADIER était le dernier intervenant du colloque. Avec passion, il a posé son regard sur l’agriculture de montagne, son évolution positive et sur la prise en main collective des acteurs en Aubrac pour valoriser et commercialiser les produits, comme l’aligot par exemple. Pour André VALADIER, « l’Aubrac est à considérer comme un panier dans lequel on y trouve l’agriculture, le tourisme, les paysages préservés, la gastronomie et les activités pleine nature. Des éléments qui permettent aujourd’hui aux acteurs de l’Aubrac de se fédérer autour de mêmes valeurs. »

Pour conclure la rencontre, Pierre JARLIER a souhaité remercier« les artisans de ces premières rencontres » avant de faire une synthèse de ce colloque participatif :

« Nous renouvellerons l’année prochaine ce temps d’échanges très instructif. Il n’y a rien de plus fort qu’une démarche collective au service d’une meilleure reconnaissance de nos traditions pour inscrire le territoire dans la modernité. Ces rencontres, par la présentation d’exemples concrets, montrent qu’il n’y a pas de fatalité à nos difficultés mais qu’au contraire les territoires de montagne sont en mesure de répondre aux grands enjeux des mutations actuelles. »